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Interview /Pr Konaré Abdourahamane (Directeur général de la Recherche et de l’Innovation, spécialiste de modélisation du climat et des questions de pollution)

Interview /Pr Konaré  Abdourahamane (Directeur général de la Recherche et de l’Innovation, spécialiste de modélisation du climat et des questions de pollution)

« Ce Centre de calcul va booster la recherche »

Publié - 04/05/2017 / (Source:FRAT-MAT) /  Partagez:

Professeur, vous procédez au lancement du Centre national de calculs de Côte d’Ivoire (Cncci) aujourd’hui, qu’est-ce qui a motivé sa création ?

Le lancement officiel de ce centre est prévu pour en effet pour aujourd’hui et nous attendons des personnalités de haut rang, notamment l’ambassadeur de France, des ministres, les chambres de commerce et d’industrie, les présidents d’universités, la communauté scientifique, la presse, etc. Vous savez, depuis 2004, toutes les rencontres au niveau de la communauté des chercheurs exigent de la part de l’État des moyens de calcul. Parce que cette communauté, consciente de ses forces, se trouve frustrée du fait qu’à chaque fois, elle est obligée de se retrouver en Europe, d’envoyer des étudiants dans des laboratoires en Europe pour faire des simulations, dans des conditions pas toujours faciles etavec tout ce que cela comporte comme risque en termes de perte de données et d’informations sensibles de la Côte d’Ivoire. De plus, cette communauté s’est rendue compte qu’à chaque fois qu’elle envoie des étudiants, des doctorants en formation en Europe, ils ne reviennent plus au pays à la fin de leur formation. Sous le prétexte qu’il n’y a pas d’infrastructures devant leur permettre de mettre en valeur les acquis de la formation. Il y a donc une déperdition des ressources humaines, et on ne pouvait pas continuer passivement d’observer cette  fuite des cerveaux.

Alors ?

Heureusement la communauté scientifique a été entendue. Et en 2011, à la faveur de l’arrivée au pouvoir du Président Alassane Ouattara et de ce qu’on a appelé ‘’Le départ nouveau’’ dans nos institutions universitaires et de recherches : construction et réhabilitation d’établissements d’enseignement supérieur, apport important à la recherche, notamment l’inscription dans les PND des centres de recherches, etc., pour apporter une réponse aux préoccupations des chercheurs. C’était une belle opportunité que nous avons saisi puisque la ministre actuelle de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Prof. Bakayoko-Ly Ramata,  était présidente de l’université Félix Houphouët-Boigny et a accompagné le projet en mettant à la disposition de la communauté des chercheurs un bâtiment au Pôle scientifique et d’innovation de Bingerville pour abriter le centre que nous inaugurons ce jour. C’était en 2012 et aujourd’hui, nous sommes à la phase quasiment finale pour que ce centre soit effectivement opérationnel.

Quelles sont les missions assignées à ce centre de calcul ?

Ce Centre  vient pour apporter une réponse aux préoccupations exprimées à plusieurs reprises par les chercheurs, comme je le disais tantôt.

C’est un centre de calcul qui permet de faire la simulation numérique, troisième pilier de la recherche scientifique à côté de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée. La simulation numérique, malheureusement très coûteuse, nécessite un gros investissement et ne peut, de ce point de vue, être mise à la disposition du premier venu ou d’un pays en développement. Nous avons eu la chance que le Président de la République, Alassane Ouattara ait accepté que la Côte d’Ivoire se dote d’un tel outil. Nous nous félicitons aussi de l’engagement de Mme le ministre Bakayoko-Ly qui était au départ de ce projet en tant que présidente de l’université FHB de Cocody.

Dans le cadre du développement d’un pays, la première des choses à faire c’est la simulation numérique, c’est-à-dire la prédiction de ce qui va advenir dans le futur. Dans beaucoup de secteurs de notre économie, la prédiction est capitale, parce que source de compétitivité. Dans le secteur de l’agriculture par exemple, nous avons beaucoup de spéculations dont il est important de connaitre le rendement dans un futur proche et lointain pour évaluer les besoins et anticiper sur les coûts. Prenons l’exemple du cacao aujourd’hui,  je vous assure que certaines personnes, dans les pays développés qui ont accès à ces outils de calcul ont pu anticiper et savoir que compte tenu de tel ou tel  facteur, il est probable que les rendements puissent baisser à telle période et donc ils en profitent pour spéculer dans les bourses. Vous comprendrez donc que c’est très stratégique pour la Côte d’Ivoire de se doter d’un tel outil. Et ce qui est valable pour le cacao l’est aussi pour le café et pour tous les autres produits à spéculation. Notre pays est essentiellement agricole, pour le moment et on ne peut pas se permettre d’être à la merci des spéculateurs à Londres, à Paris ou ailleurs, alors que nous pouvons nous-mêmes anticiper sur les fluctuations à partir de l’utilisation à bon escient des outils de calcul.

…D’autres secteurs sont concernés par cet outil

Oui bien sûr !  Dans l’exploitation minière par exemple,  au lieu de faire des explorations hasardeuses, avec les simulations, on parvient à focaliser l’exploration et identifier les zones potentielles où l’on peut obtenir tel minerai et en telle quantité ou qualité et on arrive à être compétitif dans ce domaine. C’est ce que les grandes compagnies pétrolières et minières extérieures font parce qu’elles ont la capacité, par des simulations d’identifier les zones potentielles où l’on peut trouver les minerais chez nous. Au niveau de l’environnement, avec les simulations, on est capable d’anticiper sur ce que va être la saison des pluies et la  quantité de pluies.  Ce qui nous permettra d’anticiper sur les précautions et mesures à prendre pour juguler les inondations, les éboulements de terrains, etc. Avec les simulations, on saura les périodes de sécheresse pour anticiper sur les problèmes posés par rapport à l’agriculture, à la santé. Concernant le domaine de la santé, il est important de savoir ce que pourrait être les épidémies de demain. Surtout qu’une bonne partie des épidémies sont liées à l’écosystème, à l’écologie, au climat, au sol, etc. Quand on anticipe, on peut mieux orienter les prescriptions.

 

Y a-t-il une différence entre le centre de calcul et une direction de la planification par exemple ?

 Les deux sont complémentaires et devraient travailler en synergie. Pour faire une meilleure planification, il faut se faire une bonne idée de la prévision. Si on sait prévoir le futur, la planification est aisée. Tous les secteurs de planification pourraient se reposer sur le Centre de calcul à travers des simulations qui sont effectuées. La direction de la planification du ministère de l’Agriculture doit pouvoir travailler avec le Centre de calcul. Cet outil peut nous permettre aussi de savoir, dans le domaine de la santé, les épidémies à venir, de les localiser en fonction des conditions écologiques, atmosphériques et de prendre des mesures de prévention. Une meilleure planification dépend d’une bonne simulation. Je lance donc un appel pour que toutes ces planifications puissent s’appuyer sur le Centre de calcul, pour la maîtrise de leur mise en œuvre. Car nous devons travailler en synergie pour le développement de notre pays.

Comment se crée un pôle de simulation numérique et comment se fait concrètement la simulation numérique ?

Tout est régit par l’équation mathématique. Les problèmes dans tous les différents secteurs doivent être formulés d’un point de vue mathématique et de ce point de vue on essaie de trouver la solution. Un ordinateur, par exemple, fait beaucoup de chose, mais avec le Centre de calcul, nous avons l’équivalent de 7200 ordinateurs de cette nature en termes de puissance. Cela veut dire que la simulation qui sera faire va être subdivisée en 7200 fois. On gagne donc en temps. Et là on se situe dans le domaine de la réaction à temps réel. Nous avons donc la formulation mathématique du problème puis le calcul numérique et la puissance de développement. En Côte d’Ivoire, nous maitrisions très bien les deux premières phases avec nos mathématiciens, pas la troisième phase qui n’est pas forcément intellectuelle mais concerne la capacité d’accéder à un outil. Grâce au Chef de l’État, à la ministre et la communauté scientifique, on a maintenant un outil de grande valeur.On peut donc s’affranchir de certaines étapes de la recherche.

Comment la collaboration avec les différents secteurs va s’établir ? Doivent-ils venir vers le centre de calcul ou ce sera l’inverse ?

   Le Centre de calcul est un outil pour toute la communauté ivoirienne. C’est très important que le milieu industriel, par exemple, comprenne que pour accroitre sa compétitivité, il doit s’appuyer nécessairement sur le Centre de calcul. Il en est de même pour les collectivités locales. Mais on peut aller au-delà des frontières ivoiriennes et servir de pont entre les autres pays africains et l’Europe, l’Asie et les États-Unis. De sorte que nous puissions accueillir ces sommités scientifiques dans notre pays. Car ce centre est le deuxième plus important centre de toute l’Afrique après celui de Cape Town. Vous comprenez à  tel point toute la communauté scientifique africaine sollicite l’accès à un tel outil. La Côte d’Ivoire qui aspire à l’émergence veut jouer ce rôle de locomotive dans ce domaine. Les partenaires traditionnels d’Europe peuvent aussi profiter de ce Centre. Même en Europe ce Centre est dans le top 10 du classement. Très peu d’universités sont dotées d’un tel outil.

Un tel investissement recommande des ressources humaines de qualité, est-ce votre cas ?

Face à la fuite des cerveaux, nous avons demandé à notre partenaire français de nous accompagner sur une période de cinq ans pour la formation des techniciens, des ingénieurs. Ce qui a déjà commencé. Nous allons très bientôt procéder au recrutement du personnel qui va continuer la formation. On estime qu’après un certain temps, on sera autonome en matière de compétences nécessaires pour les sections scientifiques, techniques et matérielles du Centre.  

 

Quelle est la plus-value que ce Centre va apporter à la recherche ?

 C’est l’accroissement de la compétitivité. Le chercheur est très souvent frustré de se savoir limité non pas par ses capacités intellectuelles mais surtout par les moyens qu’il n’a pas à sa disposition pour faire éclore ses recherches et mettre en valeur ses résultats. Grâce à ce Centre, on peut repousser ces limites, on peut se permettre des recherches au niveau mondial et aller à la compétition au niveau mondial. Et cela par l’innovation. On ne peut pas innover si on ne  peut pas reproduire des milliards de fois un scénario donné. Pour l’économie de la Côte d’Ivoire, on verra l’impact d’un tel investissement sur le Pib. C’est pourquoi, je lance un appel à toutes les communautés à s’approprier ce Centre de calcul qui va booster la recherche. On pourra évaluer sa contribution dans la génération des ressources propres d’une vraie institution.

L’accès à vos données est libre ou payant ?

L’accès sera organisé et sécurisé. Mais je peux vous assurer que les conditions d’accès seront très souples.

 

Interview réalisée par GERMAINE BONI

(Fraternité-matin N-15721, jeudi 04 Mai 2017)

 

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