enseignement.gouv.ci : le site officiel du Ministère

enseignement.gouv.ci : le site officiel du Ministère

Vous êtes ici: Accueil > Actualité

Actualité du Ministère

Conférence de presse sur l’INP-HB

Conférence de presse sur l’INP-HB

 

Pr Edmée Abouattier Mansilla, DGES : « Restauration de l’INP-HB par une reprise en main de l’Administrationest une urgence nationale »

Publié - 27/10/2011 / (Source:MESRSCI) /  Partagez:

Le fleuron de l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire qu’est l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët Boigny (inphb) de Yamoussoukro, en décrépitude a besoin d’être réhabilité. Le Professeur Edmée Abouattier Mansilla, Directrice Générale de l’enseignement supérieur a animé le mardi une conférence de presse pour présenter la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’INPHB afin de tirer la sonnette d’alarme sur sa décrépitude générale. Mais bien plus d’annoncer les mesures immédiates, à court terme et à moyen et long terme. Cette conférence qui fait suite à deux missions d’inspection sur ordre du ministre CISSE Ibrahima a permis de relever bien d’insuffisances tant au plan académique, managerial et infrastructurel.

Nous vous proposons l’intervention du  Pr Edmée Abouattier Mansilla.

 

«  L’Institut National Polytechnique Félix Houphouet Boigny (INP-HB) est un établissement d’enseignement supérieur et de recherche créé en 1996, suite à la fusion de quatre Grandes Ecoles d’excellence d’alors : l’Ecole Nationale Supérieure de Travaux Publics (ENSTP), l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA), l’Institut National Supérieur de l’Enseignement technique (INSET) et l’Institut Agricole de Bouaké (IAB).

         La volonté affichée des autorités, lors de la création de  l’institut, était d’en faire le fleuron de l’Enseignement Supérieur en Côte d’Ivoire voire en Afrique. Ainsi, il était conçu pour devenir un pôle de développement régional, à travers la formation de ressources humaines compétentes et  le développement d’une recherche scientifique innovante et opérationnelle, aptes à impulser durablement le développement du pays.

 

         Cependant, cette Grande Ecole, qui a fait la fierté de la Côte d’Ivoire, par le prestige de ses infrastructures et la qualité de ses programmes de  formation, se trouve en déclin depuis plus d’une décennie. Elle est confrontée à de nombreuses pesanteurs et a vu ses performances péricliter.

 

L’objectif de la présente conférence de presse est de présenter la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’INPHB afin de tirer la sonnette d’alarme sur la décrépitude générale de cette institution:

 

  • Contexte

Dans la perspective de la prochaine rentrée universitaire et de l’organisation des concours d’entrée à l’INPHB, il est indispensable d’en établir un état des lieux.

Les missions préliminaires d’évaluation que le Ministère vient d’entreprendre, ont permis de faire de nombreux constats   :

Aussi importe t-il de définir des critères de sélection plus rigoureux,  de prendre les dispositions nécessaires à l’amélioration des conditions de vie et de travail des étudiants, des enseignants-chercheurs ainsi que des personnels administratifs et techniques.

 

III- Etat de lieux

 

3.1- Organisation administrative

L’INP est normalement dirigé par un DG, assisté d’un DGA et d’un SG qui coordonne l’administration. Chaque école est en principe, dirigée par un directeur, assisté de chefs de départements.

Le Directeur Général n’a pas regagné son poste depuis la fin de la crise post-électorale.

 

3.2- Infrastructures et équipements

Les infrastructures et les équipements qui datent, pour la plupart d’entre eux, des années 1980-1984, c'est-à-dire de l’époque de l’ouverture des différentes écoles, sont répartis à Yamoussoukro sur 3 sites: INP Sud, Centre et Nord. Les investissements prévus pour accroître la capacité n’ont pas été réalisés. Ainsi, seuls les sites Sud et Centre disposent de résidences pour les étudiants alors qu’il était prévu d’en construire également sur le site Nord. L’on a pu constater :

  • Une dégradation prononcée des infrastructures avec de très graves problèmes d’étanchéité et de toitures détruites; 
  • L’insuffisance et la vétusté des résidences universitaires  et leur surpeuplement; 
  • La précarité des conditions d’hygiène dans les résidences et dans les blocs cuisine et de restauration ( sanitaires crasseux et non fonctionnels, graves problèmes d’étanchéité et de moisissure dans les chambres et les douches, mauvais état du mobilier, murs et sols délabrés…).
  • L’envahissement des espaces verts par la végétation  broussailleuse, les termites et les serpents.

 

3.3- Qualité des enseignements et de la recherche

Du point de vue de la qualité des enseignements, ces écoles qui naguère faisaient la fierté de la Côte d’Ivoire, ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

L’on note en effet :

  • des laboratoires en déliquescence et des ateliers entiers désaffectés : Les machines et appareils sont hors d’usage, les instruments et réactifs sont inexistants ;
  • des salles de TP et TD délabrées et aux équipements inadaptés, obsolètes ou inexistants, obligeant les enseignants à dispenser un enseignement uniquement théorique.
  • L’insuffisance du  matériel scientifique didactique.

 

Les conséquences sont patentes :

  • Non compétitivité des étudiants sortants : (alors qu’ils se classaient parmi les meilleurs lorsqu’ils poursuivaient leurs études en Europe et aux Etats-Unis,  aujourd’hui, le major de la promotion termine bon dernier avec 7 de moyenne dans les Grandes Ecoles françaises).
  • Manque de visibilité des travaux de recherche ;
  • Difficultés croissantes d’insertion des diplômés ;
  • Faible présence d’étudiants étrangers ;

 

3.4- Personnels enseignants et effectifs étudiants

Le nombre d’enseignants est de 365  pour un effectif de 3540 étudiants.

En théorie, le ratio enseignant/étudiant (1/11) est l’un des meilleurs en Afrique. Cependant la réalité est tout autre : En effet, au moment où une infime partie de ce personnel d’encadrement croule sous le poids du travail, la majorité vaque tranquillement à ses propres occupations, sans assurer ses obligations horaires,  se payant même le luxe d’émarger encore aux heures complémentaires. Cela  a pour conséquence :

  • la démotivation des personnels scientifiques (enseignants et chercheurs) ;
  • les mauvaises conditions de vie et de travail;
  • Un environnement social perturbé par des grèves des enseignants et des étudiants 

 

3.5- Personnels administratif et technique

Quant aux personnels administratifs et techniques, un déficit criard en personnel technique (techniciens de laboratoires, maintenanciers…) paralyse le bon déroulement des activités académiques, pédagogiques et de recherche. (Par exemple dans le laboratoire de chimie des classes préparatoires dont l’effectif est de 800 étudiants, un seul technicien doit encadrer tous les groupes qui se succèdent du matin au soir et tous les jours. Le vieillissement du personnel technique  aggrave chaque jour cette situation

Et pourtant, paradoxalement, le dernier recensement des fonctionnaires a permis de déceler un grand nombre d’agents fictifs qui gonflent inutilement la masse salariale, avec toutes ses conséquences néfastes sur les investissements et le fonctionnement au profit de la qualité des enseignements.;

 

  • Analyse

 

Ces difficultés ne peuvent résulter de seuls problèmes financiers. Elles dénotent également d’un problème évident de management de cette institution.

En effet, le management d’une Grande Ecole Publique suppose une capacité à adapter l’institution à l’évaluation de l’environnement national et international, la mobilisation de toutes les ressources humaines pour la mise en œuvre d’une vision, une intransigeance sur les questions de qualité de la formation ainsi qu’une diversification des partenaires, etc.

C’est ici l’occasion de saluer, les efforts constants de toutes ces femmes et  ces hommes compétents, volontaires, qui, malgré les conditions de travail difficiles qui leur étaient imposées, se sont battus chaque jour, pour assurer leur enseignement du mieux qu’ils pouvaient, et qui ont continué à mettre en œuvre des projets de recherche à l’INPHB. Toutes ces ressources humaines de qualité, qui sont à féliciter et à encourager sont impatientes de pouvoir mettre en œuvre leurs savoir-faire et leur savoir faire-faire et de s’engager résolument dans la nouvelle vision :redonner à l’INPHB sa notoriété d’antan et d’y associer un véritable technopôle.

 

V- ACTIONS A METTRE EN ŒUVRE

 

L’analyse de ces constats graves ci-dessus résumés révèle de graves problèmes de gouvernance et de management et nécessite des mesures radicales.

         En vue d’impulser une nouvelle vision  et de redonner à cette institution la notoriété internationale qu’elle n’aurait jamais dû perdre, le modèle actuel de gouvernance devra être modifié pour répondre aux exigences des institutions d’enseignement supérieur de rang international. Ce modèle devra reposer sur un Conseil d’Administration dynamique et rigoureux, ainsi que sur une équipe managériale ambitieuse compétente et efficace.

 

5-1 Immédiatement :

  • mettre en place d’une nouvelle Administration par la  nomination d’un Directeur Général sélectionné par appel à candidature, tenu aux résultats et donc lié par contrat à l’Etat ;
  • définir des critères de sélection plus rigoureux des candidats à l’entrée en classes préparatoires et en première année des classes d’ingénieur ;
  • organiser les concours d’entrée sur la base de procédures bien identifiées et transparentes (ne laissant pas de places au recrutement parallèle);
  • procéder à des réhabilitations urgentes pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des étudiants, des enseignants-chercheurs ainsi que des personnels administratifs et techniques.

 

5-2 A court terme

Face au défi posé par l’INPHB, il est recommandé de mener un audit général structurel, organisationnel, pédagogique et financier de cette école par une équipe d’experts de l’enseignement supérieur et de la recherche, de représentants des entreprises ivoiriennes ainsi que de partenaires techniques et financiers prêts à accompagner les actions de réhabilitation et de construction.

A l’issue de cet audit, il sera proposé par la nouvelle équipe managériale, en accord avec les enseignants, un plan stratégique de développement de l’INPHB. Ce plan devra faire l’objet d’un large consensus afin de bénéficier dans sa mise en œuvre d’un soutien sans faille de l’Etat de Côte d’Ivoire et des partenaires techniques et financiers.

 

5-3 A Moyen et long terme.

Il est nécessaire de mener une politique de rénovation de l’INPHB afin :

  • D’adapter le mode de gouvernance : réorganiser l’administration pour rechercher la compétitivité de l’INPHB, et développer la culture du résultat et de l’évaluation périodique sur la base d’indicateurs ;
  • Renforcer et diversifier l’offre de formation initiale et professionnelle pour répondre aux besoins nouveaux des entreprises,
  • Favoriser l’ouverture sur les pays de la sous-région ;
  • Développer des pôles de recherche scientifique et technologique ;
  • Créer des partenariats productifs : pour assurer une ouverture de l’INPHB et une insertion plus aisée dans le milieu professionnel

 

Conclusion

 l’INPHB est appelé à redevenir un pôle d’excellence régional pour la formation supérieure et la recherche en technologie avancée, le noyau de la technopole de Yamoussoukro.

 Sa réorganisation nécessitera sur au moins 5 ans, des synergies diverses en termes d’appuis scientifique, financier et politique, autour d’une équipe motivée et dotée d’une vision partagée par les différents acteurs. »

 

Commentaires